Clermont-Ferrand : Hop fait flop
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Si la décroissance du nombre de rotations aériennes nous semble une nécessité au regard du défi climatique, celle-ci ne peut passer que par une transition réelle mais progressive vers des modes de déplacement alternatifs, moins émetteurs de carbone.

La décision brutale et soudaine début juillet du groupe Air France (et de sa filiale HOP) de mettre un terme à la liaison aérienne Clermont – Orly – dans le contexte du plan de soutien de 7 milliards que lui a accordé l’État en avril dernier, sans considération de l’état des alternatives, constitue une énième punition pour notre territoire ; elle est surtout inacceptable.

En effet, l’impasse actuelle du modèle de développement du transport aérien n’est plus à démontrer tant la croissance de ses impacts sur le dérèglement climatique est de plus en plus marquée : ainsi qu’une augmentation de 57 % de ses émissions sur les 20 dernières années, 4 milliards de passagers en 2017, le double prévu d’ici deux décennies.

Aussi, sommes-nous partisans de la proposition de la Convention citoyenne pour le Climat  » d’organiser progressivement la fin du trafic aérien sur les vols intérieurs d’ici 2025, uniquement sur les lignes où il existe une alternative bas carbone satisfaisante en prix et en temps, sur un trajet de moins de 4h. »

Cela étant, sans avancée significative et progressive ni prise en charge d’alternatives pertinentes à l’avion telles que le train, la suppression sèche de liaisons aériennes peut être légitimement vécue comme une injustice pour un territoire comme le nôtre.

Dans le même temps, la brutalité de telles décisions n’est pas sans conséquence économique et sociale. Elles peuvent porter gravement atteinte à l’activité économique ainsi qu’aux emplois existants dont il nous faut envisager la pérennité et l’éventuelle reconversion dans la perspective d’une évolution des filières et d’une transition écologique assumée sur la durée.

Concertation

Aussi nous semble-t-il fondamental, dans l’immédiat, de travailler dans la concertation avec tous les acteurs du territoire clermontois afin de définir le périmètre d’une offre de desserte aérienne plus efficace écologiquement et économiquement calibrée selon les besoins réels du territoire, en gardant pour cap la nécessaire réduction de nos émissions de gaz à effet de serre. Pour cela, une réduction du nombre des rotations sur la ligne Clermont – Orly ainsi qu’une amélioration réelle du taux de remplissage des aéronefs pourraient constituer des objectifs intermédiaires utiles.

Il nous faut pour cela envisager de poser une double question :

– celle de l’utilité de l’avion par rapport à des moyens de déplacement alternatifs et notamment le train : quelle est la différence réelle de durée du voyage de centre à centre entre le train et l’avion décollant d’Aulnat à destination d’Orly, en tenant compte de toutes les durées intermédiaires liées aux temps d’attente, de transit et surtout, pour les professionnels, au temps de travail possible durant le transport lui-même.

– celle des besoins réels des usagers de l’avion sur notre territoire : où en sont les entreprises métropolitaines et régionales au lendemain du confinement quant aux besoins de mobilités de leurs employés ? Ont-elles repensé l’intérêt à faire se déplacer physiquement leurs salariés vers la capitale ? Utilisent-elles davantage les nouveaux outils de communication qui se sont généralisés durant ce confinement ?

***

Par-delà nos responsabilités et besoins locaux, il semble évident qu’une politique nationale voire européenne d’harmonisation fiscale entre le secteur aérien et les autres (comme le ferroviaire) constituera un véritable levier de transition et de financement des alternatives.

Cela étant, à l’heure actuelle, sur cette question de l’aérien et de notre aéroport, notre position se fonde sur trois principes simples :

A- Principe de justice et de concertation – Une politique de transition et d’aménagement du territoire doit être progressive, juste et concertée, que ce soit en matière de desserte ou de maintien de l’emploi.

B- Principe de réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre – Nous devons envisager, selon les destinations, une substitution progressive mais inéluctable des modes de déplacement les plus émetteurs de carbone par des modes moins émetteurs.

C- Principe de soutien massif au ferroviaire – Afin de faire éclore des alternatives pertinentes à l’avion, nous demandons :

– (a minima) le doublement des moyens consacrés au maintien et au développement de la ligne Clermont – Paris ;

– la mobilisation immédiate de tous les acteurs locaux pour exiger le retour des trains de nuit et notamment sur la ligne Aurillac – Paris.