Ville apprenante : les savoirs comme bien commun

Début 2017, Clermont-Ferrand est devenue la première ville française à entrer dans le cercle des villes apprenantes de l’UNESCO. Pour les écologistes, cette idée de ville apprenante, qui vise à décliner tous les aspects du savoir en tant que bien commun, laisse deviner une démarche qui peut faire sens sur bien des plans.

Qu’est-ce qu’une ville apprenante ?

Une ville apprenante favorise l’apprentissage tout au long de la vie pour tous. L’UNESCO définit une ville apprenante comme une ville qui :

mobilise efficacement ses ressources dans chaque secteur pour promouvoir un apprentissage intégrateur de l’éducation de base à l’enseignement supérieur;

ravive l’apprentissage au sein des familles et des communautés;

facilite l’apprentissage pour l’emploi et au travail;

étend l’usage des techniques modernes d’apprentissage;

accroît la qualité et l’excellence dans l’apprentissage; et

favorise une culture de l’apprentissage tout au long de la vie.

De cette façon, une ville apprenante permettra de renforcer l’autonomisation individuelle et l’inclusion sociale, le développement économique, la prospérité culturelle et le développement durable.

Avant toute chose, la ville apprenante, c’est du développement durable. Or l’engagement écologiste pour le développement durable et autonome d’un territoire se décline en trois motifs :

– Les ressources locales et les biens communs

– L’imagination / innovation / invention

– Les liens / la solidarité

Et ces trois items, la ville apprenante peut les traverser sous l’angle de tous les savoirs :

  • Les savoirs / savoir-faire / savoir-être comme bien commun et comme ressource du territoire ;

  • Les savoirs / savoir-faire / savoir-être comme ressort d’adaptation, d’innovation et d’autonomie du territoire ;

  • Les savoirs / savoir-faire / savoir-être comme fondements du lien social qui, en retour permet la transmission de ces mêmes savoirs.

Dans cette optique-là, la ville apprenante peut être l’un des piliers du développement durable et autonome de Clermont-Ferrand. Elle vise en effet à préserver et cultiver ce que l’économiste Amartya Sen appelle les capacités, c’est-à-dire les possibilités d’user de nos propres ressources.

Les écologistes y voient un défi fondamental pour l’avenir, celui de la transition et de la capacité de notre territoire à se développer, c’est-à-dire à s’adapter aux crises qui menacent.

Mais bien évidemment, l’idée de ville apprenante ne doit pas en rester au stade du simple réseau ou label international. Il doit inspirer – ou en tout cas mettre en lien une série de politiques publiques – qu’il s’agisse de nos politiques éducatives, culturelles, patrimoniales voire touristiques et économiques.

Dans cette optique, nous pourrions par exemple retenir deux axes forts et par ailleurs convergents :

1- Premier axe, celui de réfléchir à une politique forte en direction de l’artisanat, des savoir-faire et des métiers manuels à la fois

  • afin de les réhabiliter parce que nous en avons besoin à bien des égards pour réussir notre transition écologique (énergétique, agricole etc.) ;

  • mais aussi pour récupérer des compétences et des capacités dont nous sommes parfois et de plus en plus dépourvus : ce sont pourtant des ressources d’emplois, d’intelligence et d’autonomie du territoire dans les secteurs, par exemple, de l’ameublement, de l’habillement, voire même de la mécanique automobile…

sans parler de l’artisanat de bouche, frappé de plein fouet par l’industrialisation de l’alimentation et de l’agriculture et qu’on ne peut pas ne pas aborder dans le cadre du premier thème retenu par la ville apprenante de Clermont-Ferrand, la viande.

2- Second axe : profiter de l’opportunité offerte par le numérique pour aller au-delà du seul projet de « Quartier numérique », et faire de Clermont-Ferrand une ville où se croisent ville numérique et ville apprenante. Il n’y a pour cela pas de recettes établies, mais la nécessité d’expérimenter et de s’appuyer sur des exemples tirés de territoires innovants.

Nous pourrions notamment :

  • aider à la création d’un réseau de FabLabs (Laboratoires de fabrication) à l’échelle de toute la Ville et notamment dans les Quartiers Politiques de la Ville ;

  • croiser ce réseau avec d’autres, éducatifs, universitaires, associatifs, professionnels, avec ceux de l’économie sociale et solidaire et de l’économie collaborative, avec ceux du Bivouac et du Quartier numérique.

Le projet étant de faire de Clermont-Ferrand à terme un territoire socialement innovant sur le mode de ce qui s’expérimente sur le territoire de Plaine Commune en Seine-Saint-Denis.

Le numérique n’est pas condamné ni à la seule commercialisation de nos données ni à l’exploitation commerciale du « Big data » par des grands groupes internationaux : il peut aussi être à l’origine de nouvelles pratiques culturelles, sociales, économiques et écologiques.

Sur le plan des principes, les écologistes sont donc très favorables à l’idée de ville apprenante : mais si elle ouvre grand le champ des possibles, c’est à nous d’en débattre et d’apprendre à savoir qu’en faire.

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