Clermont : no limit and no future

‘La nature, elle, n’a pas de limites. C’est pourquoi nous devons coordonner nos actions si nous voulons la protéger’, confiait un jour à son auditoire l’un des plus grands édiles de Clermont-Ferrand**. Passez outre le contexte d’une citation que la presse locale arracha à son écosystème discursif. Coupez l’éclairage – sobriété oblige  – à verser sur le second membre de cet impérissable aphorisme, revenez-en au premier et délectez-vous des horizons qu’il dégage : no limit pour ne pas dire no future !

Si certains versifiaient sans le vouloir, il n’était en ce temps pas rare à Clermont, que d’autres verdifiassent sans le pouvoir ; ni même le vouloir, d’ailleurs.

L’aphorisme édilien piqua néanmoins notre curiosité. S’agissait-il d’un aveu ?

Car il était parfois dans la nature de ne pas connaître de limites. Était-il besoin d’exemple quand s’allongeait, à n’en plus finir, le nez, le cap… la péninsule de Cahuzac ? Fallait-il encore mentionner l’acharnement rigoriste et merkelien, le flegme hollandien, l’endettement américain, la pêche hauturière et le réchauffement des cieux, la brusque mutation chevaline des cheptels bovins, les mandats des maires de Clermont, la liste de leurs épigones et la franche camaraderie de leur successeurs, les délais, les mythes et les mensonges du projet POCL… En ces matières, certes, la nature n’avait pas de limites.

Un tout autre aveu pouvait néanmoins pointer son nez sous ce dernier : sous le vernis verdissant, la logique restait égale, inchangée et sans limite. L’espace était ouvert, le temps, au vert, mais la transition restait amère : car qui dit transition – énergétique, agricole ou écologique  – dit limites ; limites de la nature, de la planète et des ressources. Qui parle de transition parle

  • de sobriété (limite des besoins),
  • d’efficacité (limite du gaspillage)
  • et de renouvelables (limite des ressources fossiles et fissiles).

 

Sans limite, la transition n’est que posture. Sous contrainte, elle devient engagement. Sans limite, pas d’invention, pas de liberté, encore moins d’action. Et lorsque la posture – le « storytelling », se rengorgent aujourd’hui les cercles autorisés –  se substitue à l’action, cette transition pour laquelle nous, écologistes, travaillons et militons, ne se déploie plus qu’en un gros bouquet de mesures mal fagotées. Si la nature n’a pas de limites, faut-il que la communication et ses stratégies l’imitent ?

Sans limite, la transition n’est qu’une contrainte diffuse et superficielle, à portée de tous les revirements. La rendre impérative suppose de la rendre désirable ; de la doter d’un cap et d’une vision pour la ville et la société de demain. Tel est d’ailleurs l’effort auquel devrait nous inviter la perspective de prochaines échéances électorales.

Morale de l’histoire : nous promettons de nous y atteler au plus vite… Et sans limite.

 

** Toute ressemblance avec un personnage réel est fortuite. La citation a été volontairement tirée de son contexte pour les besoins ludiques de ce bref apologue.

 

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