Pas d’agriculture sans respect de la nature

Le 3 septembre dernier, quelque 200 agriculteurs dénonçaient à Clermont-Ferrand l’extension des nouvelles normes de protection des eaux contre les nitrates notamment. Ils relayaient par là la grogne montante des agriculteurs contre le projet porté par le ministère de l’environnement d’étendre les zones dites « vulnérables » censées protéger les captages d’eau potable.

Une nouvelle fois, à l’instar du mouvement contre l’écotaxe, on se retrouve à opposer écologie et économie, sous le seul prisme du prix et de l’intérêt à court terme. Le système français s’entête à former les jeunes agriculteurs à des méthodes d’exploitation hyper productives, chimiques et mécanisées pour finir par les ‘sanctionner’ et les stigmatiser à coups de normes environnementales.

Cette schizophrénie des politiques – agricoles d’une part, environnementales de l’autre – porte atteinte à une profession déjà fragilisée qu’il conviendrait d’accompagner, dans une transition douce, vers des modes culturaux rémunérateurs et respectueux de l’environnement.

Face à l’accumulation de normes environnementales coûteuses, nombre d’agriculteurs se réfugient dans le déni des pollutions engendrées. Au moment même où la France est condamnée par la Cour de justice de l’Union européenne (4 septembre), pour son incapacité à améliorer la qualité de ses eaux.

D’ailleurs, dans son ambition de simplification politique et normative, le Premier ministre a tranché : si la France ne peut pas respecter la loi européenne, c’est qu’il faut changer la loi. Le 6 septembre, face aux Jeunes agriculteurs, il demandait à ce que l’on revoie la directive nitrate que la France s’est montrée incapable de respecter depuis… 1991.

Ces pollutions multiples et diffuses rendent l’eau de plus en plus difficile à traiter et donc de plus en plus chère au robinet. Les quantités de nitrate épandues contribuent à l’eutrophisation des côtes françaises, mettant le pays en situation de se retrouver une nouvelle fois sanctionné au titre des directives concernant le milieu marin.

Dans ce système absurde, tout le monde paie plus cher – agriculteurs, usagers, contribuables – pour une pollution qui, loin de se résorber, s’accroît encore.

Avant même d’en appeler à une transition globale du système agricole, les écologistes demandent une rationalisation de la politique de l’eau et de la protection des ressources. Quelques mesures devraient s’imposer :

  • Rapprocher les normes de l’eau brute (sans traitement) de celles de l’eau desservie afin de limiter des coûts de traitement de plus en plus élevés.

  • Donner des moyens à la politique de l’eau, afin de développer les politiques et mesures agro-environnementales et d’en faire de vrais leviers de transition auprès des exploitants agricoles. Selon un rapport interministériel paru cet été, une rallonge de 120 à 206 millions d’euros par an suffirait aux budgets des Agences de l’eau pour financer la totalité des plans d’action de protection des captages au niveau national.

  • Doter l’échelon intercommunal de la compétence de la prévention des pollutions diffuses de l’eau, via un plan d’aménagement et de gestion des espaces ruraux et agricoles. Les EPCI pourraient améliorer la concertation entre tous les acteurs d’un territoire afin d’envisager l’élaboration de politiques globales de préservation / valorisation des ressources : d’une logique négative normes / compensations, on passerait à une logique vertueuse usage / valorisation, plus satisfaisante pour chacun des acteurs. Une politique de préservation de la ressource en eau peut notamment passer par une politique de préservation des sols, une politique foncière et agricole locales, comme par une politique énergétique liée à la gestion des déchets (effluents d’élevage notamment). L’optimisation de l’usage d’une ressource génère ainsi des boucles économiques locales où s’alimentent écologie et économie.

Remonter