Les Volcans : SCOP ou encore ? (2)

Clermont-Ferrand – Les Volcans – La reprise en SCOP [Société Coopérative et Participative] par les salariés est désormais la seule chance de sauver cette librairie. Et sans doute une belle opportunité de démontrer l’utilité de l’économie sociale et solidaire (ESS).

 Voir partie 1

Mais, si des initiatives diffuses existent en Auvergne, il manque une structure unique permettant de tisser les liens entre offre et demande, d’amorcer le cycle économiquement et socialement vertueux de l’ESS sur un territoire.

Ces liens, ce sont d’une part l’information quant aux potentialités de l’économie de proximité ( ESS), et d’autre part, les investissements nécessaires, les signes monétaires et financiers qu’il faut produire pour amorcer le cycle.

Or tels pourraient être les missions d’un pôle local de l’ESS :

1- fournir l’ingénierie juridique,

2- fournir l’information, la sensibilisation et la formation nécessaires à la prise de risque entrepreneuriale, individuelle ou collective : pour cela, les acteurs d’un pôle de l’ESS se doivent de remplir le rôle d’interface entre les acteurs sociaux et les demandes du secteur. Ainsi devraient-ils travailler en partenariat avec les conseillers du Pôle Emploi comme avec les services du département chargés de la gestion du RSA, par exemple. Lutte contre le chômage et insertion par l’activité sont des axes essentiels de l’économie sociale.

3- fournir l’ingénierie financière, via un guichet unique du financement de l’ESS (à l’échelle de la ville puis de l’agglomération). On y trouverait l’accompagnement, la formation et l’ensemble des outils nécessaires à la reprise et/ou création d’activités. Cette plate-forme proposerait :

– un service d’intermédiation vers l’ensemble des aides publiques proposées sur le territoire (Banque Publique d’Investissement, Fonds d’Investissement Auvergne Durable…) : prêts à taux zéro, avances remboursables, etc…

– un service relais vers les structures du micro-crédit : l‘ADIE [Association pour le Droit à l’Initiative Économique] Auvergne a délivré 281 microcrédits en 2012 pour près de 800 000 euros. Par ailleurs, le taux de remboursement des microcrédits s’est élevé à près de 95%, signe de bonne santé des entreprises créées. Une solution à étendre.

– un éventail complet des offres en capital-risque participatif sur le territoire : le capital-risque est un apport de fonds et de garantie, permettant la levée de fonds supplémentaires (effet de levier). Lorsqu’il est participatif et solidaire, l’investissement en action n’attend que peu ou pas de rendement mais vise surtout à la pérennisation de l’entreprise. Outre le soutien en capital, les structures de capital-risque participatives fournissent un soutien technique et moral à l’investisseur.

Aujourd’hui, de tels fonds solidaires de capital-risque existent : ce sont les Cigales [Clubs d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Epargne]. Leur nombre et leur champ d’action reste néanmoins largement insuffisant pour favoriser une série de reprises en SCOP sur l’agglomération ou la région.

Un pôle de l’ESS soutenu par les collectivités et notamment la région, pourrait envisager la création d’un fonds de reprise capitalisé à hauteur significative : son engagement permettrait d’ouvrir le robinet de la BPI, ainsi que celui de banques locales et coopératives. Il viendrait en appui des plate-formes locales de l’ESS (échelle des bassins de vie / agglomérations). Un tel outil fonctionne déjà en région Rhône-Alpes : le fonds Transméa, capitalisé à hauteur de 5,5 millions d’euros est une société de capital-risque innovante. Il apporte un accompagnement et un financement adaptés aux salariés qui souhaitent reprendre leur entreprise. Cet outil vise la transmission d’entreprises saines et la reprise d’entreprises en difficulté.

Du redressement productif au redressement territorial

– L’abondement financier de ces structures pourrait également s’appuyer sur la collecte des fonds et sommes versées pour la revitalisation des territoires après la fermeture d’une entreprise. En fermant son site de Saint-Yorre (03), par exemple, le groupe Sodiaal (Candia) a dû verser 600 000 euros à un fonds de revitalisation. Si la somme reste relativement faible étant donné le nombre d’emplois perdus (une centaine), c’est son utilisation qui laisse particulièrement songeur : avec pas moins de quatre programmes de « revitalisation », l’éparpillement des moyens et le saupoudrage ne fait aucun doute. Ne serait-il pas plus pertinent de se servir de ces sommes dites de revitalisation pour abonder un fonds local ou régional de capital-risque ?

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Le redressement productif mis en œuvre par ce gouvernement se consacre au sauvetage de l’appareil industriel français. Travaillant dans l’urgence, il reste dans une optique strictement industrielle et économique. Tout est fait pour sauver l’outil. Quand celui-ci est finalement condamné, on se résigne à l’accompagnement social.

L’économie sociale et solidaire permet, quant à elle, de passer de l’accompagnement social au redressement territorial. De passer d’une logique de réparation à une logique d’action / promotion / développement.

En plein cœur de Clermont-Ferrand, la reprise en SCOP de la librairie des Volcans serait un bel exemple des possibilités de l’ESS en Auvergne. Même si la systématisation du recours à l’ESS nécessite encore la mise en place de structures et de moyens conséquents.

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