Le diesel ou l’essence du modèle français

Le comité pour la fiscalité écologique rend ses conclusions aujourd’hui : sans surprise, il plaidera pour un alignement progressif de la taxation du diesel sur l’essence.

Près de 60% du parc automobile français fonctionne au diesel; 80% du carburant consommé en France est du gazole.

En 2012, la France a dû importer près de 50% de sa consommation de gazole, soit une facture de 16 milliards.

Alors que les pics de pollution se suivent et se ressemblent à Clermont-Ferrand, un litre de gazole est bien plus polluant qu’un litre d’essence en termes de dioxydes d’azote (Nox) et de particules fines. On estime le diesel responsable de 16 000 décès prématurés chaque année en France. En 2012, l’OMS a classé les particules fines émises lors de la combustion du gazole comme particules « cancérigènes certaines ».

Mais comment la France s’est-elle retrouvée prise au piège du diesel, piège économique, industriel et sanitaire ? Au nom du sacro-saint principe d’indépendance nationale.

Au lendemain des crises pétrolières des années 1970, la France décide de remettre son indépendance énergétique entre les mains de la filière électro-nucléaire. Un vaste programme de généralisation du chauffage électrique est lancé dans les années 1980 : aussi les raffineries françaises doivent-elles écouler leur surplus de fioul domestique en trouvant de nouveaux débouchés. C’est alors que M. Calvet, le patron de PSA, se positionne dans la petite motorisation diesel. Argument de vente : ces véhicules sont certes plus coûteux à l’achat, mais ils consomment moins (entre 15 et 20 %) et se revendent plus cher. Amortissement garanti, moyennant un certain kilométrage : la diésélisation du parc automobile est donc aussi une incitation à la sur-mobilité => surconsommation de carburant => sur dépendance extérieure aux produits pétroliers… La filière est soutenue par l’État via une fiscalité aménagée. Aussi Renault prend-il peu à peu la même direction stratégique que son concurrent.

Avec la prolifération des moteurs diesels, les raffineries doivent aujourd’hui recourir aux importations de gazole (un tiers de la demande et près de 16 milliards d’euros par an ; vous disiez indépendance ?) et trouver des débouchés externes pour exporter leurs surplus d’essence.

En 2011, le Commissariat au développement durable dénonçait ce déséquilibre qui menace des milliers d’emplois. Depuis, la raffinerie Total de Flandres-Dunkerque (Nord) et la raffinerie Pétroplus de Reichstett (Bas-Rhin) ont été fermées. On apprenait il y a quelques jours que le tribunal de commerce de Rouen refusait les deux propositions de reprise pour celle de Petit-Couronne (Pétroplus).

La recherche de l’indépendance énergétique a paradoxalement mis la France en situation de dépendance à l’uranium africain, au gazole moyen-oriental, au Nox, aux particules fines ainsi qu’à des capacités de raffinage extérieures. Réussite maximale.

Face à un bilan si calamiteux, le gouvernement jouera-t-il l’acharnement thérapeutique sur la filière diesel ?

Yannick Jadot, eurodéputé eelv membre du comité pour la fiscalité écologique, propose un alignement progressif de la taxation du diesel sur l’essence, associé à une baisse temporaire du prix de l’essence ainsi qu’à un bonus écologique de 3 000 à 5 000 euros pour tout achat d’un véhicule correspondant aux nouvelles normes écologiques européennes (euro6). [voir ci-dessous]

 Dieselfisc

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