La santé au coeur des territoires (2)

« La promotion de la santé est un processus qui confère aux populations les moyens d’assurer un plus grand contrôle sur leur propre santé et d’améliorer celle-ci. Cette démarche relève d’un concept définissant la santé comme la mesure dans laquelle un groupe ou un individu peut d’une part, réaliser ses ambitions et satisfaire ses besoins et, d’autre part, évoluer avec le milieu ou s’adapter à celui-ci.

La santé est donc perçue comme une ressource de la vie quotidienne, et non comme le but de la vie : il s’agit d’un concept positif mettant en valeur les ressources sociales et individuelles, ainsi que les capacités physiques. Ainsi donc, la promotion de la santé ne relève pas seulement du secteur sanitaire : elle dépasse les modes de vie sains pour viser le bien-être. »

Charte d’Ottawa – 1986

La charte d’Ottawa est le fondement d’une révolution copernicienne dans l’approche de la santé. Et c’est sans doute de cela dont nous avons besoin en la matière aujourd’hui : partir des besoins de santé, et non d’enveloppes budgétaires contraintes pour construire une offre de santé, tout en améliorant l’efficacité du système – humaine, technique et financière – par une évaluation constante et décentralisée de l’adaptation de l’offre à la demande du bassin concerné.

Il faut décloisonner le débat sur la santé, le sortir des mains des spécialistes et en faire le sujet d’un débat public central : la santé est collective et politique, en cela qu’elle ne concerne pas que le traitement des pathologies, mais la prise en compte, sur la durée, des relations de la personne à son espace, c’est-à-dire son environnement global, naturel, urbain, social et culturel.

Ainsi conçue, la santé sort de son ghetto pour devenir un bien nécessaire à chacun mais n’appartenant à personne : telle est la définition d’un bien commun dont les collectivités doivent s’emparer – avec l’aide de l’État, aujourd’hui quasi-gestionnaire unique de ce secteur.

Ainsi conçue, la santé devient un critère d’évaluation capital de chacune des politiques publiques impulsées sur un territoire, que ce soit par l’État – garant de l’équité entre les territoires – ou par les collectivités locales au travers de leurs différents champs d’intervention que les questions de santé traversent.

Devenue critère d’évaluation, la santé devient à la fois :

  • un principe politique global placé au coeur des projets et politiques de territoire ;

  • une valeur collective en soi, autant si ce n’est plus déterminante que les valeurs budgétaires quant à la nature des choix collectifs : la santé peut dès lors devenir un principe et un moteur d’investissement en soi. Pourquoi ne pas penser la croissance d’un territoire en termes de croissance de la santé globale de ce territoire, croissance que l’on mesurerait via une batterie d’indicateurs, pour certains existants, pour d’autres à inventer ?

Au-delà d’une énième réforme sur les conditions de financement de la santé dans un contexte budgétaire contraint, il nous appartient donc de conduire une petite révolution quant à l’approche que nous avons de la santé et des politiques qui en découlent.

Pour cela, trois points nous semblent incontournables :

1- Placer la santé au coeur des débats en pensant et développant une nouvelle approche de la santé dépassant la seule question du soin, intégrant celle de la prévention et posant la problématique environnementale.

Dans ce cadre, la santé est appréhendée alors comme la possibilité de mener durablement une vie saine et source d’émancipation.

Cela implique également de :

  • Lancer des Assises de la santé sur les territoires ;

  • Placer l’objectif de santé au coeur des schémas, plans, projets et politiques de territoire. (Schéma de Cohérence Territoriale, de Développement économique, Plans Climat, Plans d’Urbanisme, Programmes de l’Habitat, Plans de Déplacement, Plans éducatifs…)

  • Concevoir des indicateurs santé mesurant la qualité de vie sur un territoire.

2- Territorialiser la santé : le rôle de l’État a été et reste de rendre les citoyens égaux devant le risque maladie ; celui des territoires, dans une approche plus large de la santé, sera de leur rendre une chance égale de mener une vie saine et émancipatrice.

Il faudra pour cela réfléchir à une répartition des nouvelles missions sanitaires entre État et collectivités locales (et notamment les agglomérations), en répondant par exemple, aux questions suivantes : quel système de soins et de prévention coordonné à l’échelle d’un territoire ? Quelle présence médicale dans les écoles ? Quelle(s) politique(s) de prévention ? Quels impacts sur l’urbanisme et la politique de transports ?

Quel périmètre pour la santé de proximité ? Quels outils ? Quels moyens ?

3- Faire de la santé l’un des moteurs forts de l’investissement public, source de bien-être et dynamisme économique, social et culturel dans les territoires.

***

La crise des urgences clermontoises pose donc une série de questions gigognes qui ne manquent pas d’interroger notre rapport collectif à la santé. Au-delà de l’absence de maladies, la santé gagnerait à être pensée plus largement comme le principe d’entretien d’un équilibre de la société et des personnes dans leurs relations avec leur environnement, leur milieu de vie.

Élargir le champ d’appréhension de la santé, c’est se permettre d’envisager l’ensemble des problèmes qui se posent aujourd’hui au système de santé dont l’un des symptômes est sans aucun doute la saturation des hôpitaux ;

c’est aussi se donner les moyens d’imaginer et d’expérimenter des possibilités de solution, qui toutes reposent dans une approche nouvelle de la question sanitaire, dans une approche globale et donc sociétale.

Il ne s’agit plus de répondre à la fatalité de la maladie qui n’en est pas une, mais de chercher à en réduire au mieux les impacts, et donc les inégalités qui en résultent.

Faire de la santé une préoccupation collective centrale est à la fois une exigence sociale et écologique, fondée sur le réglage optimal des liens entre les hommes, les femmes et leur environnement.

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