Grand Clermont : d’un modèle l’autre (2)

L’idée sous-jacente aux développements et réflexions actuels autour du Grand Clermont repose sur une vision économique très réductrice du développement territorial. Des modèles alternatifs sont possibles. Ils nécessitent néanmoins un profond changement de perspective.

 

Pour cela, il convient de :

  • considérer d’abord le territoire comme un ensemble vivant, un écosystème de ressources rares, de liens, de personnes et de populations, non comme un espace neutre ou un simple support d’investissement.
  • envisager l’investissement comme une boucle locale d’investissement sur les ressources, les atouts et les valeurs propres de ce territoire : ses ressources humaines, culturelles, sociales, naturelles, énergétiques, etc.. Et non comme un manne tombant aléatoirement du ciel.
  • parier sur la sobriété et l’efficacité et de rompre avec les pratiques de gaspillage dans l’utilisation des facteurs de production. Le recours aux gisements de ressources économisées (énergie, matière) serait un levier formidable pour la multiplication de ces boucles locales d’investissement.

 

Exemple 1 – Energie :
Les Clermontois dépensent chaque année en moyenne 450 millions d’euros en gaz, essence et électricité.
Réduire ces dépenses énergétiques d’un tiers dégagerait 150 millions d’euros, somme mobilisable pour une campagne de rénovation thermique du parc résidentiel clermontois. La question étant d’amorcer la pompe via des techniques financières particulières telles que le tiers-investissement, le fléchage de l’épargne locale et la mobilisation des acteurs bancaires locaux à travers la constitution de fonds de garantie (nantis, par exemple, par des certificats d’économie d’énergie liés à des opérations de rénovation)
Monétiser les économies d’énergie locales permet d’investir en dépensant autant (voire moins) qu’auparavant.
En se basant sur l’intensivité en emplois de l’économie française, on estime qu’un tel flux d’investissements annuels génère entre 1200 et 1500 équivalents temps plein sur le territoire clermontois ; d’emplois locaux et non délocalisables. Pour s’assurer d’un maximum de retombées locales, les collectivités locales doivent se consacrer à la constitution et à la préservation de filières locales et régionales, notamment en ce qui concerne les matériaux. Des expériences innovantes de dynamisation des filières régionales sont actuellement menées en région Midi-Pyrénées, autour de réseaux régionaux d’entreprises.

 

Exemple 2 – Le même principe s’applique aux matières premières :
Economie circulaire, écologie industrielle, économie de l’usage, de la fonctionnalité, réduction des déchets, recyclage et lutte contre l’obsolescence programmée… autant de pistes permettant de réduire les flux de matières premières entrant sur le territoire clermontois, et donc les sorties de liquidité qui, non épargnées, pourraient très bien être fléchées vers la réorganisation du modèle économique territorial en un modèle plus intensif en emplois et en ressources locales et durables.
Il nous manque aujourd’hui la connaissance précise du métabolisme économique du territoire clermontois pour évaluer les économies et les investissements réalisables. Une telle initiative a été lancée par le Canton de Genève dès 2002; elle serait tout à fait applicable à l’échelle du Grand Clermont.

 

Exemple 3 – Alimentation :

Les Clermontois consomment près de 3 000 000 tonnes de viande de boeuf par an, d’un boeuf produit en France et surtout en Europe( plaine du Pô, notamment), avec des apports protéiniques venus pour moitié d’Amérique du Sud (soja transgénique notamment). Toute réduction de cette consommation permettrait, à dépenses constantes, de flécher les économies réalisées vers le développement d’une agriculture de proximité fixant l’azote gratuit de l’air clermontois (protéines) plutôt que celui, payant, d’Argentine ou du Brésil.
Une réduction progressive de la consommation de viande contre une viande de qualité supérieure, locale, traçable, plus riche en emplois locaux et plus pauvre en soja OGM et/ ou antibiotiques.
La commande publique concernant la restauration collective peut sur ce point faire œuvre de levier significatif.

 

Exemple 4 – Les réserves foncières :

Il nous faut réduire notre consommation foncière et l’étalement urbain afin de préserver les terres agricoles, nos ressources en biodiversité ainsi que notre potentiel de captation du carbone. Là encore, les économies en terme de foncier consommé peuvent :

– fluidifier l’accès au foncier : une fluidification essentielle à la relance de la production de logements.

– libérer une partie de l’épagrne que les Français ont placé dans ce même foncier; et par là, libérer des flux nouveaux pour l’économie locale.

Cette nouvelle économie foncière passe notamment par des stratégies de densification de la ville et notamment

– par l’exploitation des dents creuses (parcelles non construites intercalées entre des parcelles déjà construites, mais trop petites pour intéresser des promoteurs privés)

– par la technique dite du BIMBY ( Build in my Backyard : construisez dans mon arrière-cour), dite encore filière courte du renouvellement urbain : il s’agit d’une division des parcelles en vue de la construction de logements neufs. Et donc d’une monétisation des économies de foncier, fléchable et mobilisable vers des investissements de proximité (comme la rénovation thermique).

Il serait cependant nécessaire à une telle politique globale d’aménagement local de s’appuyer sur un relevé précis des ressources foncières ainsi exploitables (un terrain n’est durablement exploitable qu’en cumulant plusieurs critères, sociaux, éconmiques, de desserte…). Et donc de la capacité d’auto-investissement supplémentaire du territoire.

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On le voit ici, en faisant le pari de ces trois axes complémentaires – investissement, ressources locales et solidarités –  et celui de l’exploitation des économies réalisables dans nos consommations et dépenses courantes, nous serions à même de dégager des ressources nouvelles et conséquentes. Ressources sur lesquelles une vision alternative du développement territorial et donc du projet métropolitain, devient possible.
A charge pour nous, non pas de troquer brusquement un modèle contre un autre, mais de faire en sorte de semer les germes du nouveau dans les interstices de l’actuel. Pour cela les leviers existent ; encore faudrait-il les actionner.

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