De Sivens à Amiens, même combat

Des ‘Mille Vaches’ au barrage du Testet, les luttes se rejoignent aujourd’hui contre un modèle d’agriculture ultra intensive et industrielle, prédateur du vivant et des ressources naturelles. L’enjeu : faire valoir une véritable alternative, écologique, paysanne et rurale.

Neuf militants de la Confédération paysanne comparaissent aujourd’hui à Amiens devant les juges pour dégradations sur le chantier de la ferme-usine des Mille Vaches. Le syndicat compte profiter de la tribune pour dénoncer l’industrialisation de l’agriculture.

Le 28 mai dernier, une cinquantaine de militants de ce syndicat tentaient de pénétrer sur le chantier de la ferme des 1000 vaches, à Drucat, dans la Somme. Une vingtaine d’entre eux y parviennent et entreprennent le «démontage de la salle de traite». Un simple «déboulonnage», assurent les syndicalistes, selon lesquels rien n’a été cassé. Le porteur de projet, lui, parle de «saccage» et de dégâts supérieurs à 100 000 euros. Ce qui n’a pas empêché la mise en service de la ferme courant septembre, et l’accueil de quelques centaines de bovins.

Globalisation des marchés, compression des prix et recherche effrénée d’économies d’échelle conduisent à une industrialisation de l’élevage et de l’agriculture, avec les conséquences écologiques, sanitaires, économiques et territoriales que l’on connaît : la généralisation d’un type d’agriculture dont les Mille Vaches seraient le modèle signifierait la mort programmée d’une agriculture paysanne, à taille humaine, ancrée dans les territoires et pourvoyeuse d’emplois.

Concentrer pour mieux gaspiller

L’enjeu est très proche dans le Tarn, autour du barrage du Testet : les conditions de la production agricole mondiale (de maïs notamment) appellent à une extension des surfaces et des volumes produits afin, là encore, de réaliser des économies d’échelle. Mais cette intensivité de la production affecte les ressources naturelles dont elle dépend en n’en respectant pas les rythmes de reproduction : c’est notamment le cas de l’eau. Rappelons, par exemple, qu’il faut 13.500 litres d’eau pour 1 kg de viande de bœuf. S’il y a moins d’eau (du fait du réchauffement climatique et de la croissance continue des besoins et des marchés agricoles), il faut alors créer des réserves mobilisables – des retenues – pour une production et un gaspillage plus intense, et de fait, rendre la ressource plus rare encore. Notamment pour ce qui resterait d’une agriculture paysanne. [Notons que le principe est le même avec l’énergie : plus l’énergie est rare, plus elle est concentrée dans des métropoles où elle fait l’objet d’une consommation maximale, qui la rend plus rare encore…]

Aussi bien dans la Somme que dans le Tarn, nous sommes face aux menées d’un système qui ne pense résoudre ses propres contradictions qu’en les aggravant un peu (voire beaucoup) plus. La lutte de la Confédération paysanne comme celle des collectifs du Testet posent les bases d’une alternative à la folie agricole que nous promet l’ouverture sans fin des marchés à l’échelle mondiale.

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Pour aller plus loin :

Plus d’info

Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du TESTET

Collectif contre les Mille Vaches

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